Devenir céramiste avec une couveuse d’entreprise ?!
La couveuse d’entreprise est justement la solution qu’a choisie Célia, fondatrice de Studio Bisq Céramique à Orléans, pour transformer sa passion en activité professionnelle.
Dans cet article, je te partage son témoignage complet : ce qu’est une couveuse d’entreprise, comment elle a testé son activité pendant deux ans, les avantages et les inconvénients qu’elle a vécus, et comment elle est passée de la couveuse à sa propre boutique-atelier.

Table des matières
Chapitre 1 — Couveuse d’entreprise, c’est quoi ?

Célia n’était pas céramiste à la base. Elle a été cadre dans le privé pendant une dizaine d’années. Suite à un atelier avec moi à oTerreFeu, elle a découvert le tournage et ça a été un vrai coup de cœur, pour cette technique comme pour les arts céramiques en général.
À l’époque, elle travaillait déjà, mais elle vivait, post-Covid, une vraie perte de sens dans son métier — une situation que beaucoup de personnes traversent — avec l’envie de se réinventer et de faire un métier plus manuel, avec une intégration locale qui a plus de sens. Elle a alors enchaîné les cours à l’année pour appréhender et s’approprier la technique du tournage.
Très rapidement, elle a acheté un tour de potier à la maison pour passer cette passion au niveau supérieur. Elle a tourné à la maison pendant six mois, en plus de la formation qu’elle suivait avec moi à oTerreFeu. Le vrai déclencheur de la professionnalisation, c’était l’achat du four à céramique — avec tout ce que ça implique de tests de production et de tests de cuisson.
C’est précisément là qu’intervient la couveuse d’entreprise : un dispositif qui permet de tester son activité de céramiste grandeur nature, en toute sécurité, sous le statut de demandeur d’emploi, sans avoir à créer sa société tout de suite.
💡 Façonner un objet en terre, c’est à la portée de tout le monde avec les bons outils et les bons gestes. Mais la cuisson, c’est vraiment ce qui demande le plus de travail pour se professionnaliser et être sûre de ce qu’on propose.
Chapitre 2 — Pourquoi Célia a choisi la couveuse plutôt que de se lancer directement

Célia a fait une rupture conventionnelle en 2023. Dans l’année même, elle est passée par plusieurs dispositifs accompagnés par France Travail. Ces dispositifs ont permis de professionnaliser sa passion et de passer au cran supérieur. Elle est entrée en couveuse d’entreprise, via PES 45 à Orléans.
Le principe : un dispositif d’accompagnement en prête-nom, qui permet de tester son activité. C’est ouvert à tout le monde, pas seulement aux artisans, mais la majorité des entrepreneurs peuvent passer en couveuse pour tester de manière sécurisée leur activité avant de s’immatriculer et d’ouvrir la société.
Le vrai déclic, c’est que pendant cette phase, on reste demandeur d’emploi. On a comme sécurité financière — et c’est énorme — le chômage. C’est comme si on était au chômage, sauf qu’on monte le projet en même temps. Ça veut dire qu’on est concentrée à 300 % sur le projet, sur son développement, sur son installation, sans être inquiétée par la rémunération, au moins au début, puisqu’on est alimentée par le chômage.
Ça permet une vraie sérénité d’esprit, parce qu’on est concentrée sur l’activité et qu’on ne se demande pas tous les mois comment va se passer le salaire.
Chapitre 3 — Comment tester son activité dans une couveuse d’entreprises (le fonctionnement concret)
Concrètement, la couveuse fonctionne comme un contrat CAPE (contrat d’appui au projet d’entreprise) : un dispositif de prête-nom. On vend sous le SIRET de la couveuse, et on peut avoir un vrai test de commercialisation.
Célia est passée par ce test pendant deux ans, avec de la production et de la commercialisation. Durant cette période, elle a eu l’opportunité de faire de la prestation pour donner des cours dans un autre atelier, chez une autre céramiste — ce qui lui a permis de toucher du doigt l’enseignement et de montrer les techniques du tour et du tournage.
Ça a été un vrai déclic aussi, et ça lui a permis de sortir de son atelier — parce que l’artisanat, ce sont des métiers assez solitaires. On voit du monde sur les marchés quand on commercialise, mais au quotidien, on est un peu seule. Aller donner ses cours régulièrement chez une autre céramiste lui a permis d’affiner sa pratique tout en apprenant à enseigner la technique du tournage à d’autres personnes.
Autour de ce test de commercialisation, il y a tout un accompagnement : on s’entraîne à faire sa comptabilité, à gérer sa trésorerie, à gérer ses investissements. On est vraiment comme en entreprise, dans sa propre entreprise, mais accompagnée. Il y a aussi beaucoup de formation : sur la posture, sur comment vendre ses produits, comment positionner son prix, comment s’entourer — le comptable, les banques, les investisseurs.
💡 La couveuse d’entreprise, ce n’est pas réservé aux artisans : c’est ouvert à tout le monde, mais la majorité des entrepreneurs peuvent en bénéficier pour tester leur activité en toute sécurité.
Chapitre 4 — Couveuse d’entreprise : les avantages que Célia a expérimentés
Le premier grand avantage, c’est la sécurité financière : rester alimentée par le chômage pendant qu’on construit le projet, sans pression immédiate sur la rémunération.
Le deuxième avantage, c’est le réseau. Ce test a permis à Célia de créer un réseau absolument incroyable, parce qu’on se retrouve sur les marchés, entre artisans, entre entrepreneurs. Les couveuses d’entreprise ont aussi pour fonction de faciliter le lien entre les artisans et les différents dispositifs qui permettent de vendre : les marchés, le marché de Noël, le marché d’artisans, les boutiques de créateurs.
Célia a fait des cycles de vente dans des boutiques de créateurs, ce qui lui a donné une belle vision du développement commercial possible — et un bon retour sur ce qui marche, ce qui ne marche pas, et sur les lieux où le chiffre d’affaires est le plus intéressant et la rentabilité la meilleure.
Le troisième avantage, c’est justement de pouvoir tester en toute sécurité avant de se lancer : pas de risque financier immédiat, pas de pression sur le salaire, un cadre pour apprendre à gérer une activité comme une vraie entreprise.
Chapitre 5 — Couveuse d’entreprise : les inconvénients et points de vigilance
Le principal point de vigilance, c’est qu’au moment où on ouvre officiellement la société, on n’a plus accès à ce filet de sécurité du chômage. Il faut donc être prête, mentalement et dans son entourage, pour que le projet puisse démarrer officiellement une fois sorti de la couveuse.
Célia est sortie de couveuse en juin 2025, quand on lui a proposé de reprendre l’espace de sa boutique-atelier actuelle, en plein cœur d’Orléans. Ça a été le point final de son passage en couveuse, et le lancement dans le grand bain avec l’immatriculation de la société en août 2025.
Un autre point important qu’elle souligne : une fois la société ouverte, il y a eu pas mal de travaux à faire pour remettre le local aux normes, et tout le matériel nécessaire à réunir pour lancer l’activité. Le lancement officiel des cours ne s’est fait qu’en janvier de cette année — un travail énorme a été nécessaire sur la mise en avant, la communication, et tout le système de réservation en ligne.
💡 Quand on réfléchit à ce genre de prestations, mieux vaut se demander si ça vaut vraiment le coup de commencer en mode dégradé plutôt que de tout faire bien correctement dès le départ. Célia a préféré que tout soit carré dès le début, pour moins de stress, moins de gestion et moins d’erreurs derrière.
Chapitre 6 — Couveuse Métiers d’Art et Design : une option adaptée aux céramistes
La couveuse choisie par Célia, PES 45 à Orléans, correspond à une couveuse orientée Métiers d’Art / Design, particulièrement adaptée à un projet de céramiste. Ce type de dispositif spécialisé permet d’être accompagnée par des structures qui comprennent les enjeux spécifiques de l’artisanat : gestion de production, tests de cuisson, commercialisation sur les marchés et boutiques de créateurs propres à ce secteur.
C’est ce cadre qui a permis à Célia de tester deux ans durant sa production et sa commercialisation, tout en bénéficiant d’un accompagnement pensé pour les métiers manuels et créatifs, et non pour un projet entrepreneurial générique.
Chapitre 7 — De la couveuse à la boutique : le parcours complet de Célia
Depuis l’ouverture de sa société en août 2025, Célia a construit un fonctionnement bien à elle. Elle propose des cours de tournage en cycles courts de trois sessions : tournage, puis décor (peinture sur céramique).
Sa particularité : tout le décor se fait sur terre crue, sans cuisson intermédiaire. Ça veut dire aucune pression de gestion pour elle, et aucune pression de délai pour les élèves, qui peuvent venir faire le cycle complet en quelques jours ou l’étaler sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois — avec beaucoup de souplesse financière en plus.
Elle a fait le choix de ne pas proposer de cours d’émaillage, pas encore : c’est une technique qui peut être très frustrante pour une débutante, notamment le trempage — il faut bien connaître ses émaux, ne pas mettre trop épais, ni trop fin. C’est elle qui reste maîtresse complète de l’émaillage, ce qui lui permet de n’avoir aucun raté dans le four sur les pièces de ses élèves, et donc des élèves satisfaits, sans mauvaise surprise.
À la place, elle travaille avec des engobes de terre colorée, qui fonctionnent un peu comme de la peinture et permettent de recréer une multitude d’effets, y compris certains effets d’émaux, sur terre crue.
💡 Renvoyer vers d’autres ateliers les personnes qui veulent absolument émailler, plutôt que de créer de la frustration là où il ne devrait pas y en avoir, permet de rester beaucoup plus souple dans sa pratique.
Côté organisation, elle a mis en place, dans la semaine, des créneaux de tournage et de décor qui s’enchaînent — les élèves peuvent faire tournage et décor sur trois heures d’atelier (deux heures / une heure), ce qui donne beaucoup de flexibilité selon la complexité de la pièce.
Sur ses propres créations, son projet s’est un peu réorienté : à la base centré sur la production pour les marchés et les boutiques de décoration, il s’est déplacé vers la mise en place des cours et ateliers.
Sa production personnelle s’est allégée, mais elle a repris la main sur son expression créative, avec des collections plus en lien avec ses envies et moins avec la nécessité de plaire à tout le monde comme sur les marchés. Elle travaille à 50/50 entre le tour et le coulage (moule en plâtre), uniquement en grès.
Le coulage plâtre lui permet une belle régularité sur la vaisselle (empilable, compatible lave-vaisselle), tandis que le tournage est réservé aux pièces plus complexes avec des imbrications — comme le beurrier à eau, avec un effet proche de la théière.
Aujourd’hui, elle se concentre sur la boutique, mais garde quelques marchés où sa clientèle est présente et où la rentabilité est bonne — notamment le marché de Noël à Orléans, une véritable institution qu’elle a déjà fait deux fois, avec une trésorerie qui rentre et permet des investissements pour l’année suivante.
Pour la suite, elle a de nombreux projets : proposer dès la rentrée de septembre des ateliers au long cours (hebdomadaires, mensuels ou bimensuels), alors qu’elle ne fait pour l’instant que des cycles courts.
Elle constate d’ailleurs que certaines élèves s’autogèrent déjà comme un cours à l’année, en venant tourner plusieurs fois pour cumuler leurs pièces sur un même cycle. Elle envisage aussi des carnets plus intéressants financièrement pour les clients, et la création d’une communauté autour de la céramique — elle a déjà un bon listing de personnes intéressées par une fréquence hebdomadaire.
Au-delà de la céramique, elle accueille déjà d’autres artisans dans les temps creux du local (une amie qui fait des bougies, par exemple), ainsi que des artistes sur un petit mur galerie, en rotation. Elle a aussi un projet d’étagères en dépôt-vente pour des produits locaux.
À plus long terme, si la boutique fait ses preuves, elle envisage d’ouvrir en périphérie d’Orléans un club céramique fonctionnant comme une salle de sport — accès en libre-service avec badge, une personne en résidence, et de l’autonomie pour les pratiquants — ainsi qu’un lieu plus grand avec des ateliers partagés (menuiserie, impression 3D, découpe laser) pour mutualiser des outils coûteux.
Un projet plus proche dans le temps : faire intervenir une artiste céramiste parisienne spécialisée en Kintsugi (réparation à la laque dorée japonaise), suite à des demandes de ses élèves et clientes intéressées par cette technique de réparation des objets cassés. Elle envisage aussi d’accueillir d’autres céramistes, sur le modelage, le colombin ou la sculpture, pour présenter leur travail ou monter des mini-ateliers.
Conclusion
Le parcours de Célia montre qu’il est possible de devenir céramiste en toute sécurité, grâce à la couveuse d’entreprise : tester son activité, se former, construire son réseau, avant de sauter le pas avec l’immatriculation de sa société.
De la couveuse PES 45 à sa boutique-atelier Studio Bisq Céramique à Orléans, elle a su transformer un coup de cœur pour le tournage en un vrai métier, avec ses choix bien à elle — comme l’engobe plutôt que l’émaillage — et de nombreux projets pour la suite.
Retrouve Célia physiquement au Studio Bisq Céramique, 70 rue de la Charpenterie à Orléans, sur Instagram (bisque.ceramique), ou pour réserver un cours en ligne sur bisq.fr.
Et toi, est-ce que la couveuse d’entreprise pourrait t’aider à tester ton projet céramique ? Dis-le-moi en commentaire !
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