L’interview de Valérie RADIX, 20 chefs étoilé(é)s ! #88
Quand j’ai rencontré Valérie Radix, j’ai tout de suite compris que son parcours avait quelque chose à nous apprendre à toutes. Voici l’histoire d’une femme céramiste qui rêvait de créer des pièces en porcelaine pour des chefs étoilés — et qui a fini par en collaborer avec une vingtaine, sans jamais démarcher personne.
Son histoire prouve une chose essentielle : la réussite se planifie. Elle ne tombe pas du ciel. Comme l’explique Darren Hardy dans L’Effet Cumulé, la chance n’est que la somme de la compétence, du temps, des opportunités et de l’action. Rien de magique : juste de la constance, patiemment répétée.
J’espère que cette interview te donnera envie d’y croire, et surtout, le petit déclic pour te lancer, toi aussi, vers ton rêve — quel que soit ton domaine.
Retrouver Valérix RADIX
- Site web de l’atelier : ateliervitalis.fr
- Boutique-atelier : 24 quai Villebois-Mareuil, 41000 Blois — ouverte du mardi au samedi, de 15h à 19h
- Téléphone : 06 84 08 10 35
- E-mail : [email protected]
- Instagram : @valerieradix
- Facebook : Atelier Vitalis Valérie Radix
- Fiche professionnelle Ateliers d’Art de France : ateliersdart.com — Atelier Vitalis Valérie Radix
1. Présentation de Valérie Radix
(0:01 – 0:19) Hello Valérie Radix, je suis super contente de te rencontrer et de t’accueillir sur la chaîne. Je t’avais découverte grâce à une élève qui m’avait parlé de toi. Elle m’avait montré les pièces que tu avais réalisées en collaboration avec un artiste : des assiettes avec des LED.
Références : collaboration assiette lumineuse avec l’artiste @lumisculpt https://www.instagram.com/p/DIWJz8OskbR/?img_index=4
(0:22 – 1:56) Oui, d’accord. Ça fait un petit moment que je te suis et je trouve ton travail vraiment exceptionnel. Je suis très contente que tu sois là. Est-ce que tu peux te présenter, nous dire depuis quand tu fais de la céramique, ce qui t’a amenée à faire ce métier, où tu es installée ?
Bien sûr, et merci beaucoup de m’avoir invitée.
Je m’appelle Valérie Radix, je suis installée à Blois, dans le Loir-et-Cher, où j’ai une boutique et mon atelier l‘atelier vitalis.
Je suis céramiste professionnelle depuis dix ans maintenant, depuis 2016, et je travaille essentiellement une matière que j’affectionne tout particulièrement : la porcelaine.
J’ai commencé la céramique en 2005 : mon mari m’avait offert un stage de modelage, juste pour le loisir.


(13/2005 – suite) J’ai commencé doucement en 2005, puis je me suis inscrite à des cours de modelage — j’étais alors en région parisienne. La passion a grandi, le travail de la terre m’a plu de plus en plus, jusqu’au jour où j’ai vu, sur un marché de potiers, un artisan en train de tourner. Je suis restée hypnotisée par cette forme qui prenait vie devant lui.
(1:56 – 2:21) J’ai trouvé ça absolument incroyable, et je me suis dit que j’allais réussir à faire ça aussi. Je me suis inscrite dans la foulée à des cours de tournage sur Paris. Pour en faire mon métier, c’est venu petit à petit : à l’époque, j’étais professeure des écoles, et je commençais à être un peu fatiguée de ce métier.
(2:21 – 2:59) J’avais envie de faire autre chose, et les cours de tournage me plaisaient énormément.
J’ai commencé par une semaine de stage au CNIFOP, en Bourgogne, avec un formateur qui préparait des professionnels, pour avoir un avis extérieur et savoir si j’avais quelques compétences. Il m’a confirmé que oui, ce qui m’a rassurée, et je me suis lancée dans le CAP au CNIFOP.
Références : CNIFOP — Centre national de formation aux métiers de la céramique, situé à Saint-Amand-en-Puisaye (Nièvre/Bourgogne), organisme de référence pour la formation professionnelle en céramique en France ; CAP céramiste obtenu dans cet établissement.
2. Devenir céramiste : quand est-ce que Valérie Radix a commencé ?
(3:02 – 3:29) Tu t’es installée à Blois tout de suite, ou tu as commencé chez toi ? — J’ai commencé chez moi, en région parisienne, dans l’Essonne. J’ai passé les deux premières années de mon entreprise dans mon garage, avec juste un petit four à céramique de 60 litres et un tour.
(3:30 – 4:08) J’avais un peu peur : on m’avait souvent dit que c’était un métier compliqué pour en vivre. Je voulais donc commencer prudemment.
Ensuite, ça a marché relativement vite. Je suis partie en Bourgogne avec mon mari et ma fille, car j’avais besoin d’un atelier plus grand : nous avons acheté une maison avec 100 m² d’atelier, ce qui m’a permis d’investir dans du matériel plus important (fours plus grands, etc.).
(4:10 – 4:44) Je suis arrivée à Blois il y a trois ans en 2023. Je voulais un lieu de vente fixe et arrêter les marchés, que j’ai faits pendant 7 à 8 ans (marchés, expositions, salons) — c’était épuisant. Je voulais me poser et que ce soit les clients qui viennent à moi, avec un lieu fixe pour les recevoir.


3. Où retrouver l’atelier Vitalis de Valérie Radix ?
(4:44 – 6:32) J’ai une vitrine magnifique, un emplacement extraordinaire, sur la Loire, sur le pont — un lieu historique. J’ai la chance d’avoir un restaurant étoilé juste à côté, qui m’envoie une clientèle extraordinaire.
Cet emplacement m’a permis d’avoir des rendez-vous clients sympas : ils peuvent voir la boutique, les pièces fabriquées, visiter l’atelier — un vrai showroom.
Références vérifiées pour cette section : Atelier Vitalis — Valérie Radix, 24 quai Villebois-Mareuil, 41000 Blois. Boutique ouverte du mardi au samedi, 15h–19h. Site : ateliervitalis.fr.
4. Quelles sont les sources de revenus de l’atelier Vitalis ?
(6:00 – 6:32) Ton activité principale, celle qui t’amène du revenu, c’est la vente de pièces en boutique ? — J’ai trois activités principales.
Je fabrique des pièces vendues en boutique à des particuliers (cadeaux, achats personnels), ce qui représente environ 30 % de mon chiffre d’affaires. Je donne aussi des cours et des stages de tournage sur porcelaine, majoritairement pour des débutants qui veulent découvrir l’activité, avec des bons cadeaux.
(6:43 – 6:59) La troisième partie de mon activité, c’est le travail avec les restaurants — les chefs, sur commande. Cela représente 60 % de mon chiffre d’affaires : c’est vraiment ce qui crée l’essentiel de mes revenus.
Références : activité B2B avec des chefs/restaurants = 60 % du chiffre d’affaires, cœur de l’activité de l’atelier.
5. Comment trouver son premier client ?
(6:59 – 7:38) Comment ça a commencé avec les restaurateurs ? — Je travaille avec des restaurants depuis 2018. Je n’ai jamais démarché de restaurant. Lors d’un stage d’émail au CNIFOP, j’ai rencontré une personne avec qui j’ai immédiatement sympathisé.
(7:38 – 8:32) Je me suis confiée à elle : mon rêve absolu était de travailler pour des grands chefs, des restaurants étoilés — je me donnais dix ans pour y arriver.
Elle m’a dit connaître un chef : c’était le mari de sa nièce, qui avait une étoile à l’époque — Christophe. Elle voulait me le présenter.
Références : Christophe Hay — chef étoilé, premier client restaurateur de Valérie Radix

photo christopher hay https://www.facebook.com/christophehaychef/
(8:32 – 9:23) J’ai voulu me préparer avant de le rencontrer, avoir une collection de pièces solide à lui montrer. Environ un an plus tard, je me suis sentie prête. C’est ainsi que mon amie m’a mise en relation avec lui : ma première commande pour un chef, c’était pour lui, en juin 2018. J’étais hyper stressée, je voulais absolument qu’il soit satisfait.
Références : première commande professionnelle pour un chef — juin 2018, pour Christophe Hay.
(9:24 – 10:56) J’étais venue avec un ensemble de pièces variées (assiettes, boîtes, petites pièces) pour montrer ce que j’étais capable de faire. Quelques jours après, il m’a rappelée : les boîtes l’intéressaient pour servir des amuse-bouches, et il m’a passé une commande directe de 30 boîtes avec couvercles, sans devis préalable.
(10:57 – 12:22) Il n’y a pas eu d’aller-retour, la décision a été rapide. J’avais déjà réfléchi à mes prix, ce qui a facilité les choses : il a validé directement.
(12:24 – 13:24) En préparant cette interview, j’ai compté le nombre de chefs avec qui je travaille depuis 10 ans : environ 20. Le bouche-à-oreille et les réseaux sociaux ont fait boule de neige — je n’ai plus eu besoin de démarcher : les chefs viennent naturellement à moi, souvent via Instagram.
Références : acquisition client actuelle = réseaux sociaux (Instagram) et bouche-à-oreille professionnel entre chefs ; environ 20 chefs clients cumulés en 10 ans d’activité.
6. Quelle a été la plus grosse commande de porcelaine ?
(13:25 – 14:16) Ma première grosse commande, c’était juste avant le confinement, pour un restaurant près de Chambéry : un peu plus de 200 pièces, surtout des assiettes. Le confinement m’a heureusement donné un délai supplémentaire, car j’avais sous-estimé le temps nécessaire.
Références : commande de plus de 200 pièces pour un restaurant près de Chambéry, réalisée durant la période du confinement (2020).
(14:16 – 15:44) J’avais une calibreuse et je pensais l’utiliser pour aller plus vite. Une centaine de pièces ont été produites rapidement, mais après la deuxième cuisson, tout est ressorti déformé : la porcelaine ne supporte pas la calibreuse. J’ai dû tout reprendre au tournage, ce qui a multiplié le temps de production par trois ou quatre. J’ai revendu la calibreuse par la suite.
exemple d’une calibreuse
Références : technique de la calibreuse — incompatible avec la porcelaine (contrairement au grès), retour d’expérience technique.
(15:44 – 16:19) J’étais allée à Sèvres, où j’avais vu l’atelier des assiettes en porcelaine : ils tournent d’abord, puis calibrent, avec malgré tout environ 50 % de pertes — et leurs calibreuses sont très sophistiquées, contrairement à la mienne.
(16:30 – 17:15) Pour ces 200 assiettes, il m’a fallu environ 4 à 5 mois, en comptant le temps de séchage incompressible, plus un important travail de gravure/décor.
7. Quelles sont les autres commandes de céramique pour des chefs étoilés ?
(17:26 – 18:05) Une commande récente et importante : La Chèvre d’Or, au mois d’avril, avec 290 pièces livrées. Le principal enjeu n’était pas la quantité mais le délai, car c’était une réouverture après travaux — il ne fallait pas dépasser la date. J’ai défourné le jeudi, emballé le vendredi, livré le samedi.
le reel de la commande pour le restaurant la chèvre d’or
Références : La Chèvre d’Or — restaurant étoilé, commande de 290 pièces livrée dans un délai très serré à l’occasion d’une réouverture après travaux.
(18:05 – 18:24) Cette livraison s’est faite juste avant une période de canicule, qui a apporté d’autres difficultés au séchage : quand les pièces sèchent trop vite, cela pose des problèmes.
8. Comment se passe une commande ?
(18:27 – 19:10) Pour La Chèvre d’Or, j’avais réalisé des prototypes l’année précédente. Ils voulaient renouveler entièrement un service à café (tasses, sous-tasses, sucriers, crémiers), préparé longtemps à l’avance. Une fois les prototypes validés, je suis passée à la production — un vrai travail de création.
(19:12 – 19:49) Pour produire 200 pièces, il faut de l’espace : gérer le roulement entre pièces qui sèchent, pièces à cuire, pièces dégourdies, sans pouvoir empiler les assiettes tant qu’elles ne sont pas cuites. J’enchaîne les cuissons pour libérer de la place et continuer à produire.
9. La commande de porcelaine pour un chef pâtissier à Dubaï
(19:50 – 20:38) J’avais réalisé une assiette creuse baptisée « assiette Splash », inspirée d’une goutte d’eau qui explose, entièrement découpée.
Après l’avoir postée sur Instagram, un message d’une personne inconnue m’est arrivé quelques minutes après : elle en voulait 30. C’était un chef pâtissier français installé à Dubaï, qui a eu un coup de cœur pour la pièce.
Références : assiette « Splash » — pièce originale postée sur Instagram, ayant généré une commande de 30 exemplaires d’un chef pâtissier français Tom COLL basé à Dubaï.
Portrait du chef patissier Tom Coll
la photo du Jumeirah Burj Al Arab

(20:59 – 21:34) L’assiette n’était qu’un prototype réalisé entièrement à la main (découpes, finitions à l’éponge, ponçage) — un travail colossal, pas encore optimisé pour la production en série. Il a fallu trouver une méthode de fabrication plus rapide pour rester abordable, avec un délai de six mois accordé par le chef.
(21:34 – 22:09) J’ai finalement réalisé la pièce par coulage, avec des moules fabriqués sur mesure, pour garantir des découpes parfaitement identiques sur les 30 exemplaires — impossible à obtenir à la main.
Un exemple de coulage en porcelaine
(22:09 – 23:28) L’envoi international a été une découverte complète : premier export, apprentissage du numéro EORI (identifiant douanier obligatoire sur les colis à l’export), obligation de fournir trois exemplaires de facture et une checklist douanière dans le colis.
Le colis a mis trois semaines à arriver et a été bloqué en douane pour un problème de facture — mais tout est arrivé en bon état grâce à un emballage renforcé.
Références : numéro EORI (Economic Operators Registration and Identification) — identifiant obligatoire pour toute entreprise exportant hors de l’Union européenne ; procédure douanière à l’export (facturation, checklist).
10. Quelle est la plus grosse erreur dans le métier de céramiste ?
(23:29 – 24:17) Les erreurs, on en fait tout le temps — c’est comme ça qu’on apprend. Au début, l’erreur la plus fréquente concerne l’estimation du temps de production : on pense toujours qu’on va travailler vite, puis on rencontre des obstacles qui ralentissent tout.
(24:18 – 24:47) On fait aussi beaucoup d’erreurs sur les prix : on ne vend pas assez cher par rapport au temps investi.
J’ai suivi un stage aux Ateliers d’Art de France pour apprendre à calculer mes prix au plus juste, en tenant compte de toutes les charges (loyer, statut, etc.).
Références : Ateliers d’Art de France — organisme professionnel national des métiers d’art, cité pour sa formation au calcul des prix (méthode par taux horaire) ; Valérie Radix y a également référencé sa fiche d’atelier professionnelle.
(24:47 – 25:18) La méthode : diviser le total des charges par le nombre de jours travaillés dans l’année pour obtenir un taux horaire, puis calculer les prix à partir de ce taux. Le sien est de 35 € de l’heure hors taxe (elle est en société).
(25:19 – 26:13) Autre erreur passée : ne pas intégrer les pertes de production dans le prix, ce qui réduisait fortement sa rémunération réelle. Elle intègre désormais 10 à 15 % de pertes dans ses prix, notamment liées aux spécificités de la porcelaine (défauts d’émail, casse, etc.) — des pertes considérées comme normales dans le métier.
Références : marge de pertes intégrée au calcul de prix — 10 à 15 %, liée aux aléas propres à la céramique (porcelaine en particulier).
11. Quelle est sa commande coup de cœur pour un chef étoilé ?
(26:14 – 26:43) Ce qu’elle préfère, c’est partir de zéro : la création pure, la raison principale pour laquelle elle exerce ce métier.
(26:43 – 27:26) Quand un chef vient avec un cahier des charges mais laisse une grande liberté créative, c’est là qu’elle peut le mieux s’exprimer, sortir de sa zone de confort et tester de nouvelles techniques. Sa pièce coup de cœur reste celle réalisée pour Christophe — le chef avec lequel elle travaille le plus.



Références : Christophe Hay — cité de nouveau comme principal partenaire créatif et client de longue date.
(27:26 – 28:12) Cette assiette sera exposée à Chambord à partir de septembre : une assiette creuse très ouverte et évasée, découpée sur le côté pour représenter les méandres de la Loire, avec un décor végétal réalisé en technique Mishima (technique japonaise d’incrustation de porcelaine teintée dans un sillon, sans relief ni usure possible sur le décor).
Références : technique Mishima — technique céramique d’origine japonaise consistant à incruster de la terre ou de la porcelaine colorée dans des sillons gravés, pour un décor affleurant sans relief ; Château de Chambord — lieu d’exposition de la pièce.
(28:13 – 28:57) L’assiette sera présentée dans l’exposition « Les Festins de Chambord », de septembre à janvier — une exposition historique consacrée à la gastronomie et à la cuisine à Chambord à travers les siècles, se terminant sur la période contemporaine avec cette pièce.
Références : exposition « Les Festins de Chambord » (château de Chambord) — parcours historique sur la gastronomie, incluant une œuvre contemporaine de Valérie Radix. [À VÉRIFIER : dates exactes et modalités d’accès à confirmer directement auprès du Domaine de Chambord avant publication.]
(29:07 – 29:59) Sur le déroulé d’une commande avec un chef : c’est le plus souvent un dialogue, jamais identique d’un projet à l’autre. Parfois le chef a une idée très précise (forme, décor), et elle exécute ; parfois il donne seulement un thème ou une idée, et elle a davantage de liberté créative — comme pour une pièce dédiée aux amuse-bouches.
12. Coordonnées de Valérie Radix
Pour retrouver Valérie Radix et l’Atelier Vitalis, ou prendre contact directement avec elle :
- Site web de l’atelier : ateliervitalis.fr
- Boutique-atelier : 24 quai Villebois-Mareuil, 41000 Blois — ouverte du mardi au samedi, de 15h à 19h
- Téléphone : 06 84 08 10 35
- E-mail : [email protected]
- Instagram : @valerieradix
- Facebook : Atelier Vitalis Valérie Radix
- Fiche professionnelle Ateliers d’Art de France : ateliersdart.com — Atelier Vitalis Valérie Radix
