Isabella Nadeau ceramiste porcelaine atelier terre d angely
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Isabelle Nadeau, céramiste Terres d’Angély : du journalisme à la porcelaine

Changer de vie à 40 ans. Quitter un métier intellectuel, stable, reconnu. Repartir de zéro. Apprendre huit heures de tournage par jour. S’installer dans une ville où il n’y a aucun réseau potier. Mettre dix ans à trouver son équilibre.

Le parcours d’Isabelle Nadeau n’est ni spectaculaire ni “rapide”. Il est réel. Progressif. Lucide. Construit pas à pas.

Dans cette interview, elle raconte comment elle est passée de journaliste scientifique à céramiste, comment elle a transformé son modèle économique au fil des années, et pourquoi le moulage a été un tournant décisif dans sa rentabilité.

Un témoignage précieux pour toutes celles qui cherchent leur place, leur rythme, et leur équilibre dans le métier.

Isabella Nadeau ceramiste porcelaine atelier terres d angely broll

D’une carrière scientifique à la terre

Isabelle Nadeau est céramiste depuis vingt ans. Pourtant, au départ, rien ne la destinait à ce métier. Elle fait un doctorat de chimie. Elle exerce un an, puis bifurque vers le journalisme scientifique. Pendant plus de dix ans, elle travaille dans l’environnement.

Mais au fil du temps, un sentiment s’installe : celui de tourner en rond. Lire et écrire sur les mêmes problématiques, sans voir de véritables changements. Un changement d’équipe dans son journal, un héritage, et cette phrase intérieure : « Si tu ne le fais pas maintenant, tu ne le feras jamais. »

Elle demande un congé de formation. Il est accepté. Le virage est pris.


La rencontre avec le tournage

En réalité, la terre est présente depuis longtemps. À 18 ans, Isabelle commence le modelage. Puis, dans les années 2000, elle découvre le tournage presque par hasard. Elle passe devant un atelier à Paris, voit qu’une potière donne des cours et s’inscrit immédiatement.

Le coup de cœur est immédiat.

En 2004, elle entre à l’Institut de Céramique Française à Sèvres. Une formation à temps plein pendant un an. Huit heures de tour par jour. CAP tournage. Émaillage. Initiation au moulage et au coulage. Une immersion totale.


S’installer et tout construire

Après sa formation, elle bénéficie d’ateliers de transition au sein de l’école, ce qui lui permet de commencer à produire tout en étant accompagnée. Puis elle quitte Paris avec son mari et s’installe à Saint-Jean-d’Angély.

Il n’y a alors aucun écosystème potier local. Elle crée tout elle-même.

Elle démarre en faïence rouge. Elle donne un cours par semaine. Elle fait des marchés de potiers. Les débuts sont modestes. Elle bénéficie du chômage, d’une bourse tremplin régionale et d’exonérations de charges pendant deux ans. Cela lui laisse le temps de tester, d’apprendre, d’ajuster.

Il lui faudra dix ans pour atteindre un équilibre économique stable. Aujourd’hui, elle se verse un salaire équivalent au SMIC.


Des marchés aux boutiques

Pendant plusieurs années, les marchés de potiers font partie du modèle. Mais la fatigue physique, les intempéries, la logistique lourde finissent par peser.

Peu à peu, Isabelle choisit un autre modèle : les boutiques. L’essor des boutiques de créateurs, notamment après le Covid, ouvre de nouvelles opportunités. Elle rejoint le réseau d’Atelier d’Art de France et participe de nombreuses fois à Maison & Objet.

Ces salons lui permettent de nouer des contacts et d’obtenir des commandes régulières de boutiques.


Le tournage… puis le déclic du moulage

Au départ, elle travaille la faïence, puis la porcelaine. Elle tourne ses pièces, y compris des formes hautes et exigeantes.

Puis vient un déclic : elle décide de mouler ses prototypes. Elle redécouvre le moulage et le coulage, qu’elle avait appris en formation. Très vite, elle comprend que cela change tout.

Sa rentabilité est multipliée par deux. La production est plus régulière. La fatigue physique diminue. Elle conserve le tour pour les prototypes et certaines retouches, mais une grande partie de sa production passe désormais par les moules.

isabelle nadeau ceramiste atelier terres dangely

Décor et innovation

Isabelle aime expérimenter. Elle travaille aujourd’hui beaucoup avec le transfert sur terre crue, à partir d’une simple imprimante laser. Cette technique lui évite une troisième cuisson et lui permet de créer ses propres motifs.

Elle continue aussi d’explorer des techniques plus ludiques comme le mochatti. Elle renouvelle régulièrement ses collections, notamment ses vases.


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Trouver son rythme

Aujourd’hui, elle donne trois cours par semaine, un stage tous les deux mois et un cours pour enfants par mois. Elle veille à ne pas dépasser ce rythme.

Elle connaît les moments de tension : les commandes à produire en série, la préparation de Maison & Objet, la pression des délais. Elle a appris à ajuster.

Elle participe désormais au salon tous les deux ans, parfois moins, pour se laisser du temps de création.

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Vingt ans pour trouver l’équilibre

Il lui a fallu dix ans pour stabiliser son modèle économique. Vingt ans pour construire son parcours.

Aujourd’hui, elle a trouvé un équilibre. Un flux de production stable en boutique. Un rythme de cours maîtrisé. Et surtout, la liberté de dégager du temps pour créer autrement, peut-être davantage vers la sculpture.

Après vingt ans de métier, son enjeu n’est plus de prouver, mais de créer avec plus de liberté.

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